Case 05: La légende de Dagobert

C’est l’un des premiers dont on entend parler à l’école, surtout avec la chanson dont il est le héros. Mais qui est vraiment Dagobert? Sa légende a-t-elle été forgée au XVIIIè siècle, ou bien bien avant, dès le Moyen-Age? Lui, plus que tout autre roi mérovingien certainement, était prompt à supporter cette légende, à défaut de ne pouvoir avoir une biographie comme il le sera possible à partir des Capétiens. En effet, peu de sources nous informent sur Dagobert. Seuls 3 paragraphes de la Chronique de Frédégaire, 6 actes royaux -dont 3 concernant concernant Saint-Denis-, 6 Vitae, et un fragment de son testament de 635 nous sont parvenus de son vivant. Outre ces écrits, il y a eu des relais légendaires dans les siècles suivants: le Liber Historiae Francorum de 730 qui donne une image épurée du roi, les Legenda Dagoberti par Hilduin abbé de Saint-Denis qui sont vers 830 des anecdotes et des faits saillants attribués à sa personne.

Ce sont ces Legenda qui sont à l’origine de sa légende et de la promotion de sa figure et de celle de Saint-Denis. Le lien entre l’abbaye et le roi était très fort mais a bénéficié de nombreuses circonstances. Rien que son inhumation à Saint-Denis est due au hasard. Selon Frédégaire, « la 16ème année du règne, Dagobert tomba malade d’un flux de ventre dans sa maison d’Epernay, de là les siens le transportèrent à Saint-Denis, firent venir Egat et lui recommanda Nanthilde et son fils ». Se sentant près de mourir, il fit orner et décorer l’abbaye, dans laquelle il mourut finalement.

Ce qui est surprenant avec cette légende de Dagobert, c’est que Dagobert fut toute sa vie vorace envers l’Eglise, mai qu’on fit de lui après sa mort un roi très généreux pour avoir fait des dons à Saint-Denis et pour avoir évangélisé le territoire. Toutes les Gesta mettent en valeur ce trait de caractère, or sur les 40 documents qui évoquent cela, 33 sont des faux fabriqués à Saint-Denis pour montrer la protection royale sur l’abbaye. C’est cette image de protection de l’Eglise qui est retenue dans l’histoire et qui lui donne une image positive de sa personne. Et cette position s’accentue au fur et à mesure que Saint-Denis devient le plus haut lieu religieux et royal du royaume: Dagobert est le premier à y être inhumé, puis c’est Charles Martel, puis Pépin le Bref, puis ce sera la nécropole officielle à partir de Louis VI au XIIè siècle.

La présence de Dagobert à Saint-Denis permet de montrer qu’une seule dynastie régnait sur le royaume depuis Clovis. Au XIè siècle, Adhémar de Chabannes invente un lien entre Mérovingiens et Carolingiens pour asseoir les Carolingiens d’un point de vue légitime: la soeur de Dagobert Blitilde serait l’ancêtre de Charlemagne.

Dagobert bénéficie d’une autre confusion: on ne numérote pas encore les rois à cette époque, donc on lui a attribué les mérites de Dagobert III qui avait été exilé comme moine en Islande et assassiné ce qui lui donnait le statut de martyr: Saint-Dagobert ne sera pas Dagobert III mais Dagobert I. Ainsi, Saint-Dagobert aux XI-XIIè siècles est vu comme le fondateur de la royauté, bien loin de l’image de débauche et de spoliateur réelle. Au XIIIè siècle, on trouve des références de son nom dans les manuels de prédication; mais à l’époque moderne, les modèles royaux sont plus prégnants: Saint-Louis est LE modèle, et non plus Dagobert. Ce n’est que sous Louis XVI que Dagobert va réapparaître avec la chanson populaire.

La chanson met en réalité en scène Louis XVI qui ne conclut pas avec Marie-Antoinette. Elle connaîtra une postérité en 1812 avec un couplet sur la retraite de Russie. Mais d’où vient la légende alors? C’est une histoire qui devait être lue pendant les repas communs dans les monastères, ce qui manifeste toute la puissance divine de cette chanson, or Dagobert fait n’importe quoi et l’Eglise le rachète en échange de la machinerie sociale.

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6 commentaires

    • Absolument. Elle a été chantée sous Napoléon lors de son exil car elle est royaliste, et elle fut interdite sous les Cent Jours puis reprise sous Louis XVIII et Napoléon III. En fait elle suit l’évolution royaliste du XIXe siècle jusqu’à ce que Charles Peguy en face une chanson paillarde et qu’elle soit aujourd’hui considérée comme enfantine.

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